Défendre la vie avant les profits
Argentine, Zimbabwe, Cameroun, Sri Lanka : des luttes à soutenir
En Europe, on sort lentement de la canicule (mais pas encore de la sécheresse), en Argentine, on sort d'un hiver très rigoureux. Et on reste dans une politique de saccage de l'environnement : le gouvernement du président Milei veut favoriser l’exploitation minière et l’agro-industrie, autoriser l’ouverture de mines à proximité de glaciers, dans un pays où ils constituent la principale réserve d’eau potable Une autre réforme législative, aurait facilité la vente de terres à des investisseurs étrangers, notamment pour la fracturation hydraulique ou l'implantation de centres de données. Au Zimbabwe, une société minière menace d’expulser des communautés et de les priver de leurs moyens de subsistance. Au Sri Lanka ou au Cameroun, des campagnes antisyndicales sont menées Dans tous ces pays, et dans bien d'autres, des organisations de base, des syndicats, des mouvements sociaux mènent le combat contre la négation des droits fondamentaux et la dégradation des conditions de vie. Le SOLIFONDS, Fonds de solidarité pour les luttes de libération sociale, soutient ces luttes et nous appelle à la solidarité, pour défendre la vie avant les profits.
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Nous n’avons que les droits que nous reconnaissons aux autres
Quelles luttes soutenir, pour quels objectifs, dans quels pays ? Le Solifonds nous donne quelques exemples.
Dans le sud-est du Zimbabwe, des centaines de personnes vivant près de la petite ville de Mutandahwe risquent d’être chassées de chez elles par la société minière RioZim, qui veut agrandir ses mines d’or et de cuivre. Déjà des habitant·e·s de trois hameaux ont été sommés de quitter leurs maisons et leurs terres. Les communautés visées se sont opposées à cet ordre d’expulsion. Avec le soutien de l’organisation de base Chipinge Residents and Ratepayers Trust (CRRT), elles ont agi en justice et obtenu une ordonnance qui suspend provisoirement les expulsions. Cette victoire n’a rien eu de facile: des militant·e·s du CRRT ont reçu des menaces par téléphone et des inconnus ont usé de violence pour interrompre des assemblées villageoises. Seule la solidarité mise en œuvre par des organisations zimbabwéennes et par le SOLIFONDS a encouragé les communautés à poursuivre le combat. Si elles le gagnent, cela renforcerait d’autres communautés dans leur volonté de s’opposer à des expulsions.
Changeons de continent : De larges pans de la société argentine – groupes écologistes, syndicats, organisations féministes et autochtones – se sont joint à la résistance aux projets du gouvernement d’extrême droite du président Javier Milei, d'assouplir la protection des glaciers face aux projets miniers, de faciliter la vente de terres à des sociétés étrangères, y compris des terres exploitées par des communautés ayant été ravagées par un incendie.
Passons en Asie : Dans les usines textiles des zones franches du Sri Lanka, les journées de travail comptent dix heures, voire plus. La main-d’œuvre est obligée d’accepter de tels horaires afin que les usines puissent fermer le week-end et économiser ainsi de l’énergie. Ils empêchent cependant les travailleur·euse·s d’effectuer des heures supplémentaires rémunérées, dont ils auraient pourtant bien besoin pour joindre les deux bouts. La main-d’œuvre de l’industrie textile est constituée à 85 % de femmes. Les entreprises engagent surtout des femmes célibataires issues de zones rurales afin de pouvoir continuer à faire pression sur les salaires. Les zones franches sont des zones de non-droit : la législation sur le travail ne s’y appliquait pas et les syndicats étaient tout simplement interdits. Ce n’est qu’après une longue lutte (de plus de deux décennies) que le premier syndicat, officiellement reconnu, a pu être fondé au sein d’une zone franche. Le Sri Lanka compte désormais une douzaine de zones franches. Elles ont été créées afin d’orienter l’économie vers l’exportation, conformément aux recommandations du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Ces zones restent aujourd’hui encore très hostiles aux syndicats : lorsque les travailleur·euse·s parviennent tout de même à se syndiquer, ils sont souvent victimes de harcèlement et risquent d’être licenciés.
Voilà. Ce ne sont que quelques indices de l'état du monde, et des conditions de vie de la majorité de ses habitantes et habitantes. Quelques indices de ce que seule la solidarité internationale peut permettre de changer. Car nous n’avons que les droits que nous reconnaissons aux autres, et aucune légitimité à exiger pour nous le respect de droits que nous nions aux autres. Pour reprendre les mots du manifeste de la Ière Internationale, nos efforts : «ne doivent pas tendre à constituer de nouveaux privilèges, mais établir pour tous les mêmes droits et les mêmes devoirs ». Cela s’appelle : l’égalité. Et cela suppose la solidarité.



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