Dimanche de votations "globalement positif", mais certainement pas décisif
Des réponses qui relancent les questions
Carton plein pour la gauche dans les votations cantonales genevoises, victoire aussi dans la votation municipale à Lancy, bilan mitigé dans les votations fédérales, échec dans le canton de Vaud sur une baisse d'impôt, victoires ou défaites sur d'autres objets dans d'autres cantons : pour parler comme George Marchais, le bilan de ces scrutins dominicaux est globalement positif -mais chacun de ces résultats relance autant de questions qu'il donne de réponses. D'abord parce qu'aucun vote, même populaire, n'est définitif et que chaque vote peut être annulé par un autre vote, ensuite parce que quand nous nous prononçons sur un texte (de loi ou d'article constitutionnel) ou sur un crédit, un budget, un projet spécifique, nous ne nous prononçons que sur lui, pas sur tout ce qu'il trimballe de questions de fond. C'est ainsi qu'en refusant l'initiative udéciste sur la neutralité (qu'il fallait évidemment refuser), nous n'avons dit que ce dont nous ne voulions pas, pas ce que nous voulons.
La Suisse restera neutre pour être en paix avec elle-même
L'initiative crypto-udéciste sur la neutralité (que l'UDC était le seul parti national à soutenir) a été balayée par plus de 70 % des suffrages, et refusée dans tous les cantons avec une majorité plus réduite en Suisse italienne qu'ailleurs) et plus réduite à Genève qu'en moyenne suisse, le soutien paradoxal (et amnésique) d'une partie de la gauche de la gauche à cette initiative n'y étant pas pour rien.
La Suisse ne proclamera donc pas dans sa constitution qu'elle est intégralement neutre à perpétuité et armée pour l'être. Ce vote ne change donc rien à rien et la neutralité suisse restera ce qu'elle est et a toujours été : opportuniste, intéressée et en grande partie motivée par le souci d'éviter que l'opinion publique suisse, le peuple suisse, se divisent en camps s'affrontant à propos de conflits extérieurs -comme ce fut le cas pendant la Grande Guerre de 1914-1918 entre Romands et Alémaniques, de la Guerre d'Espagne entre gauche et droite, de la Guerre Mondiale entre partisans des Alliés occidentaux ou de l'Union Soviétique et partisans de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste, de la Guerre Froide entre chacun de ses deux camps, dans chaque guerre chaude qu'ils se livraient.
La Suisse ne changera pas de "neutralité". Elle lui permettra toujours de se présenter innocente des conflits entre Etats étrangers, et plus encore des conflits entre gouvernements et peuples d'un même Etat. Elle continuera à lui permettre de faire des affaires avec tout le monde, à la seule exception des cibles de sanctions décidées multilatéralement, comme celles décidées par l'Union Européenne contre la Russie. Pour le reste, la Suisse continuera à considérer identiquement agresseurs et agressés, oppresseurs et oppressés, pour autant qu'il y ait quelque profit à tirer des uns et des autres. Mais sur le fond, et l'arrière-fond, de la question, le message du vote d'hier est tout sauf limpide. Le peuple a refusé d'enfermer la Suisse dans une neutralité mythologique, il n'a pas pour autant choisi la solidarité internationale. Il a seulement choisi de ne pas choisir, de ne rien changer. La Suisse restera neutre pour être en paix avec elle-même, et les Suisses en paix les uns avec les autres. C'est bien à cela, aussi, qu'elle sert, la neutralité.
Mais pour combien de temps ?



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