Fonds de tiroir
Etre plus cathos que le pape, c'est une vocation: celle des intégristes de la «Fraternité Saint Pie X», fondée par l'ancien évêque de Dakar, Marcel Lefebvre Elle revendique 600'000 fidèles dans le monde, et refuse toutes les évolutions de l'Eglise romaine depuis le Concile Vatican II (1962-1965), comme la messe en langue vulgaire (elle la dit toujours en latin) célébrée par un prêtre se tenant face aux fidèles (les siens leur tournent le dos), et évidemment l'oecuménisme entre chrétiens et le dialogue inter-religieux avec d'autres religions que la chrétienne. Et ladite Fraternité (la FSPX donc), se prenant pour la vraie église à la place de la fausse, a consacré quatre évêques (deux Français, un Suisse et un Américain) le 1er juillet, dans une grande cérémonie de cinq heures, toute en latin, avec un déco-rum datant de la contre-réforme, devant une centaine de journalistes et 15'000 fidèles. Quatre nouveaux évêques parce que cette église schisma-tique a besoin d'évêques pour ordonner des prêtres et assurer son avenir et qu'une église catho (schisma-tique ou canonique) sans évêque, c'est pas concevable, ça serait comme un cul de jatte sans chariot. Seulement, l'église officielle, celle de Rome, n'a pas apprécié, et a excommunié ipso facto les évêques consacrés par la secte d'Ecône (le bled valaisan où elle a son siège), constatant qu'ils se sont mis en situation de «schisme». Conséquence : les sacrements délivrés par les «schismatiques» (mariages, baptêmes, premières communions, confessions, extrême-onction, tout ça) ne sont plus reconnus par l'église romaine, et «les clercs et les fidèles laïques sont admonestés» de ne pas adhérer au schisme écônien, sous peine d'être eux aussi excommuniés. De leur côté, les lefebvristes se posent en «défenseurs de la foi dans un monde qui l'a perdue», et d'une catholicité «humiliée» par l'accueil à Rome de «faux pas-teurs» (comme Sarah Mullally, primat anglicane) et exaltant l'Homme au lieu de Dieu. Bon, ben continuez, les gars, de notre côté agnostique, athée ou panthéiste (on est œcuménique, nous aussi), ça nous touche les burettes sans nous remuer le ciboire.
Dans un GHI d'avant les vacances, le président du PLR genevois, Pierre Nicollier, lançait un pétard contre la CUAE, la faîtière des associations d'étudiants de l'Université de Genève. Il lui en veut de bénéficier d'un financement intégré, autrement dit automatique, aux taxes universitaires: une petite partie des montants versés par les étudiants est attribuée à la CUAE sans choix explicite de chacun de ces étudiants. Et ça fâche le président du PLR, qu'«une contribu-tion imposée à tous finance le secrétariat d'une organisation qui ne représente pas nécessairement l'en-semble des sensibilités étudiantes». Comme l'impôt, quoi : quand on paie l'impôt fédéral, on contribue à l'achat des F-35 même si on est contre. Quand on paie l'impôt cantonal et l'impôt municipal, on contribue à financer des groupes parlementaires et des partis politiques (le PLR, par exemple...), et à rétribuer des élu.e.s, avec lesquels on n'est pas d'accord (Pierre Nicollier, par exemple). Le président du PLR proclame qu'«aucun étudiant ne devrait être contraint de financer, par sa taxe universitaire, une structure dont il ne partage ni les orientations, ni les priorités». Ouais, ben alors aucun contribuable ne devrait être contraint de financer, par ses impôts, des partis «dont il ne partage ni les orientations, ni les priorités». C'est vrai, quoi, pourquoi les frontaliers, dont les deux tiers des impôts sont gardés par Genève, devraient-ils continuer à subven-tionner le MCG ? Et les anti-capitalistes locaux à financer le PLR ?
C'est l'automne, les feuilles commencent à tomber. Les feuilles des arbres, mais aussi les feuilles de signatures au bas de trois réfé-rendums qu'on vous invite (chau-dement) à soutenir : un referendum contre le retour au nucléaire voté (de justesse) par les Chambres fédérales, un référendum contre la subor-dination aux conventions col-lectives des salaires minimaux légaux et un référendum contre l'accord de libre-échange avec la Malaisie. Que de beaux combats, contre le gaspillage énergétique, contre les bas salaires et contre la déforestation. On n'a même pas besoin de clamer «choisis ton camp, camarade !», tellement le choix est clair : signez !


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