Genève : Réouverture de la chasse aux Rroms ?
Au prétexte d'ordre public
A Genève la chasse aux Rroms est rouverte sous prétexte d'ordre et de salubrité publics : les Rroms prennent une place visible dans les rues de la ville, dans ses parcs, ses rues, les berges de l'Arve et du Rhône ? Leurs campements de fortune sont démantelés, on emporte leurs matelas, leurs couvertures, parfois même des vêtements et tout ce qui n'est pas strictement leurs affaires personnelles. La droite locale embraie en touillant une vieille soupe xénophobe et raciste. Elle ne peut plus réprimer la mendicité parce que la Cour Européenne des droits de l'Homme et le Tribunal fédéral l'en empêchent ? elle se concentre donc sur les mendiants -mais pas n'importe lesquels : les mendiants rroms. Les mendiants locaux ou régionaux ne risquent rien, ils sont AOC. "On considère ces gens comme des chiens", s'était insurgé notre camarade Alberto Velasco. dénonçant au Grand Conseil la répression des mendiants. Mais il avait tort : aucune loi n'interdit les chiens là où les mendiants le sont. Et aucune police ne s'attaque aux niches et aux gamelles des chiens comme la police municipale s'attaque aux campements, aux matelas et aux couvertures des sdf rroms, comme s'ils étaient autre chose que la visibilité de l'extrême précarité d'une population.
Les campements de sans-abris rroms, c'est pas propre en ordre, ça a mauvaise façon.
La Cour européenne des Droits de l'Homme (CEDH, une instance du Conseil de l'Europe, dont la Suisse est membre fondateur), ) avait condamné la Suisse en considérant qu'une mendiante que Genève avait condamné pour avoir mendié, avait le droit "inhérent à la dignité humaine, de pouvoir exprimer sa détresse et essayer de remédier à ses besoins par la mendicité". Du coup, la loi genevoise réprimant la mendicité en tant que telle avait été poubellisée. C'était bienvenu : Comme toutes les autres prohibition, celle de la mendicité ne faisait pas disparaître ce qu'elle prohibe, et au moins les mendiants ne risquaient plus de se retrouver en prison pour n'avoir pas payé les amendes qu'on leur infligeait. Une nouvelle loi avait été adoptée, qui listait les lieux où les mendiants devaient être proscrits -et là, c'est le Tribunal fédéral qui a renvoyé les épurateurs des rues à leurs études de droit. Frustrés, ils ont soigné leur frustration en ne réprimant plus la mendicité en tant que telle, mais les mendiants et les sans-abris roms. Et la Ville (où ils se concentrent) et le canton (qui encadre des pratiques dont il se défaut sur les polices municipales) se renvoient la balle. Celle que les Rroms se prennent dans la gueule.
La Ville demande au canton, qui édicte les pratiques de confiscation du matériel des sans-abri et de l'évacuation de leurs campements, de prendre ses responsabilités plutôt que se contenter de charger les polices municipales de mettre en œuvre ses directives et se laver les mains du reste. Le canton renvoie la Ville à ce dont il l'a chargée, mais elle et lui sont au moins d'accord sur une chose : les campements de sans-abris rroms, c'est pas propre en ordre, ça a mauvaise façon. En trois mois, la Ville de Genève a fait intervenir sa police municipale pour évacuer 13 tonnes de matériel, est intervenue 55 fois sur des campements de sdf, en a fait évacuer 22 par leurs occupants*. Sauf que le campement évacué s'installe ailleurs et que le matériel saisi est remplacé par celui qu'on trouve dans les débarras des particuliers et les "encombrants" en attente d'enlèvement, punaises de lit comprises, par la voirie . Parce que les gens dont on "débarrasse le campement" (d'entre eux, des enfants, qui doivent être pris en charge par l'école obligatoire -le canton étant incapable de dire combien d'entre eux sont non-scolarisés) n'ont nulle part où aller, et que les solutions d'urgence assumées par la Ville (et les autres communes) ne répondent pas à leur situation -si elles y répondaient, la polémique sur les campements cesserait, avec les campements eux-mêmes.
La polémique lancée par la Conseillère administrative Marie Barbey-Chappuis a rapidement dérapé-en fait, il lui a suffit de la lancer pour que la droite la reprenne au vol et la détourne sur sa vieille obsession : la mendicité. Les campements prolifèrent ? C'est parce qu'on n'applique pas la loi sur la mendicité. C'est idiot (puisque la mendicité ne se pratique pas là où s'installent les campements), mais de toute évidence, la droite se dit que ça peut être efficace. Et si ça ne l'est pas, on pourra toujours revenir sur le sujet de la salubrité et de l'ordre public, et du confort du regard de l'indigène aisé sur l’immigrant misérable. Et touiller les préjugés raciaux -les mêmes qui frappent les Rroms dans leurs pays d'origine, et qui expliquent, en grande partie, leur émigration dans des pays où ils peuvent se rendre. Et pour napper le tout, remettre au mauvais goût du jour l'hypothèse de "réseaux" de mendicité (voire de trafics de matelas comme il y a des trafics de drogue, d'armes, de pornographie) alors que la police cantonale a confirmé qu'aucun "réseau" de traite de mendiants n'a été découvert ni ne fait l'objet d'une enquête: en fait de "réseaux", il ne s'agit que de familles qui s'organisent pour que l'argent récolté par l'un.e ou l'autre de ses membres (moins de dix francs par jour en moyenne) ne soit pas volé ou saisi. Pourquoi d'ailleurs constituerait-on des réseaux pour contrôler une activité qui rapporte si peu ?
La pastorale catholique des milieux ouverts résume : "on s'occupe des matelas, pas des gens", et si on s'en occupait, "si on mettait ces gens à l'abri de manière durable, toutes cette polémique n'aurait plus lieu d'être. Et on cesserait d'entretenir la haine contre une population déjà très stigmatisée". Mais ces "gens", les Rroms qui campent, certains vont exiger qu'on s'en "occupe" -à la manière forte, si possible (même pas si nécessaire). Mesemrom, l'association genevoise de défense des Rroms dénonce l'"amalgame stigmatisant entre précarité visible et criminalité organisée", l’utilisation "des même clichés que ceux véhiculés depuis des siècles" et encore aujourd'hui,"par une mouvance raciste et fasciste".
Ceux et celles qui, à Genève, en cette toute fin d'été, reprennent ces clichés se rendent-ils compte qu'ils puent ?
*Mais en une seule semaine (celle de la rentrée scolaire), elle était intervenue 28 fois aux abords des écoles aux heures d'entrée et de sortie des classes, et avait prononcé 222 sanctions contre des automobilistes (ou des deux roues) pour des feux rouges brûlés, des téléphones au volant, des trottoirs occupés par des bagnoles, des trottinettes non homologuées. Tout ça aux abords des écoles, donc. Qu'est-ce qui est le plus dangereux ? un matelas au bord du Rhône ou de l'Arve ou un automobiliste qui brûle un feu rouge en téléphonant, devant une école au moment où les enfants y entrent ou en sortent ?



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