Initiative populaire pour une alimentation sûre : Aucune raison de dire "non"...

Le 27 septembre, le peuple et les cantons suisses se prononceront sur une initiative demandant à la Confédération d'encourager la production et la consommation de nourriture d'origine végétale pour faire passer le degré d'autosuffisance alimentaire de la Suisse de 46 % à au moins 70 %, de préserver les ressources en eau souterraine, de promouvoir une agriculture et un secteur agroalimentaire durables et respectueux du climat, de préserver la biodiversité et la fertilité des sols, de promouvoir les plants et semences naturels et reproductibles plutôt que de source industrielle. Vaste programme, certes, mais programme qui, après tout, mériterait le soutien de la gauche... qui appelle pourtant, à quelques dissidences près, au refus de l’initiative, comme le gouvernement, le parlement (unanime), la droite, le patronat et les principales organisations agricoles. Dans la Tribune de Genève" de vendredi, René Longet pose la bonne question : "et si nous votions oui ?"... C'est bien que nous avons l'intention de faire. On sait bien que ça ne sera qu'un geste, mais il vaut la peine de le faire. Parce qu'il est légitime. Et qu'il n'y a pas de contre-projet qui puisse nous satisfaire, puisque la majorité de droite a refusé celui que Verts, socialistes et verts libéraux proposaient. 

"Manger est un acte culturel, social, affectif et symbolique". Et politique.

Pourquoi diable notre camp ne défend-il pas un texte dont les demandes ne dépareraient pas dans nos programmes, alors qu'il avait soutenu en 2021 une initiative populaire allant dans le même sens que celle qui nous est soumise cet automne ? Parce que le délai de dix ans proposé pour sa concrétisation serait impossible à tenir, et que l'objectif d'un taux d'autosuffisance alimentaire de 70 % serait impossible à tenir sans mesures de contraintes excessives sur les modes de vie privés ? Mais il s'agit d'une initiative, impuissante sans dispositifs légaux d'application, qui devront être adoptés par un parlement dont le souci d'une alimentation saine, d'une autosuffisance alimentaire renforcée, d'une réduction de la consommation de viande, de sortie d'une agriculture intensive et d'une industrie agro-alimentaire irrespectueuse de l'environnement et du climat ne sont pas les soucis premiers. Dès lors, on ne fait prendre aucun risque au pays et à la population en votant "oui" à une initiative qui, si elle faisait le meilleur résultat possible, dirait que le peuple veut sortir d'un modèle d'alimentation nuisible à ses conditions de de vie et à sa santé -mais à qui la Confédération accorde un soutien annuel de plus de trois milliards et demi. 

60 % des terres arables suisses sont aujourd’hui affectées à la production d'aliments pour animaux, et l'agriculture suisse ne produit qu'un tiers des besoins du pays en denrées végétales à destination humaine. Pour les les initiants, la faiblesse du taux d'approvisionnement alimentaire de la Suisse (46 %) la rend incapable d'assurer la sécurité alimentaire de la population en cas de crise internationale interrompant les importations. L'élevage animal aggrave la crise climatique, surfertilise et acidifie les sols et favorise une surconsommation de viande. 

A droite, et à la droite de la droite, on agite le spectre d'un "diktat vegan" ? Bourrage de crane : l'initiative ne promeut nullement le véganisme, ni même le végétarisme, elle ne fait après tout, en proposant de réaffecter des surfaces agricoles, que nous inciter à manger sans doute moins de viande, mais de la meilleure viande, et de la viande produite ici. Elle coûtera plus cher ? Oui, mais comme on peut en manger moins sans attenter ni à notre santé, ni à nos forces, ni à notre plaisir, ni à notre consommation de produits laitiers et d’œufs, on ne dépensera pas plus -mais on dépensera mieux. 

Dans "Le Monde" d'hier, le chercheur Kilian Stengel nous rappelle que "manger est un acte culturel, social, affectif et symbolique". On y ajoutera : "et politique". 

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