Augmenter la TVA pour financer l'AVS ?
L'injuste solution de facilité
Pour la première fois depuis des années, les rentes AVS augmenteront en 2026 en valeur réelle. La raison : le premier versement de la 13e rente AVS. Cette 13e rente profitera principalement aux petits et moyens revenus -et donc aux plus basse rentes, et aux femmes puisqu'elles sont sur-représentées dans les basses classes de rémunération, qu'une sur trois ne touche aucune rente de 2e pilier (lequel, contrairement à l'AVS, ne tient aucun compte du travail éducatif et d'assistance gratuit que les femmes effectuent) et que quand elles en touchent une, elle est deux fois plus basse que celle des hommes (respectivement 1160 francs et 2144 francs en moyenne en 2019). Avec la 13e rente, la rente annuelle a été augmentée de 8 % annuellement, soit 188 francs par mois pour la rente médiane de 2256 francs. Afin de financer cette augmentation des rentes, la majorité (de droite) des Chambres fédérales propose une augmentation de la TVA, après avoir refusé un partage de ce financement entre les cotisations salariales et la TVA Les électeur-ices se prononceront à ce sujet le 29 novembre. Et le sort de la proposition est incertain : non seulement la droite de la droite y est opposée, mais une partie de la gauche l'est aussi -pour des raisons rigoureusement inverse, mais dans les urnes, les raisons d'un vote ne comptent pas, seule compte la balance des "non" et des "oui".
Quand la droite veut faire payer aux consommateurs sa défaite sur le 13e rente
Pourquoi donc allons-nous, comme Céline Amaudruz (il fallait bien qu'on se trouve un point commun avec la candidate de l'UDC genevoise au Conseil fédéral) voter "non" au financement de l'AVS par la TVA ?
D'abord, parce que depuis des années, et notamment pendant toute la campagne en faveur de la 13e rente, notre camp (la gauche) a martelé qu'aucun financement supplémentaire n'était nécessaire à l'AVS. Si on peut prévoir le nombre de rentes qu'on aura à verser dans vingt ou trente ans, il est extrêmement difficile de prévoir les recettes de l'AVS, qui dépendent directement de choix politiques et de la conjoncture économique. D'entre ces choix politiques, il y a le niveau des cotisations : une augmentation de 1 % des cotisations, paritaires, aurait suffit à maintenir les prestations et assurer la retraite des "baby-boomers" (les actifs actuels nés dans les années cinquante et soixante).
Ensuite, parce que l'enjeu essentiel, ce n'est pas le financement de l'AVS, qui peut parfaitement être assuré par une hausse des cotisations salariales, mais l'âge du droit à la retraite, et la résistance aux futures offensives de la droite pour la repousser. L'AVS est un système de retraite solidaire, par répartition : ceux qui travaillent et cotisent paient les rentes que touchent ceux qui ont cessé de travailler. Si la part des premiers baisse par rapport à celle des seconds, le système se casse, quel que soit l'âge auquel est fixé l'âge du droit à la retraite. Aujourd'hui, 9 personnes sur 10 perçoivent de l’AVS un montant supérieur à ce qu’elles y versent et Seule l'immigration (autrement dit les cotisations des immigrés) lui permet, à ce système, de tenir.
Enfin, parce que tous les impôts directs et progressifs sur les revenus et la fortune, ou les bénéfices des entreprises, ont été réduits ces dernières années. Dans le même temps, le taux de la TVA, a, lui, augmenté. Or, contrairement aux impôts directs, la TVA est un impôt régressif : plus le revenu d'un ménage est élevé, plus faible est la charge de la TVA. A contrario, plus ce revenu est faible, plus lourde est la charge de la TVA, même en tenant compte des taux réduits.
La treizième rente AVS est (comme l'AVS elle-même, revendiquée dès 1918 lors de la Grève Générale) une victoire de la gauche politique et syndicale, arrachée dans les urnes à la droite, au patronat et au Parlement fédéral. Qui se sont vengés en cherchant -à la faire payer le plus cher possible aux consommateurs. Que nous acceptions ou non ce deal malsain ne changera rien au fait que la 13e rente sera versée dans un mois et demi -si nous l'acceptons, il nous faudra encore nous prononcer sur un nouvel alourdissement de la TVA -mais pas pour financer l'AVS, pour financer un programme d'armement hors des moyens de la Confédération.
Dès lors, choisissons notre camp dès le vote de la fin novembre : le camp d'un refus d'alourdir le plus injuste des impôts parce qu'on n'ose pas, ou qu'on se refuse, à faire payer par ceux qui le peuvent un peu plus d'impôt, sur leur revenu et leur fortune.



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