Fonds de tiroir
Dans le canton de Vaud, le peuple a voté une baisse de 12 % de l'impôt direct. Dans le canton de Genève, il a voté des dizaines de millions de dépenses, les unes proposées par le Grand Conseil (39,5 millions pour des projets transfrontaliers), les autres par une initiative populaire (20 millions pour la gratuité de la contraception) ou maintenues par un référendum (deux millions pour la HES). A Genève, cette fois, il n'y avait pas de baisses d'impôts directs proposée -le bon peuple les avait déjà acceptées avant de décider d'accepter des dépenses supplémentaires, parce qu'il les estime nécessaires, et de refuser des «économies» de bout de chandelles (ce qu'il a clairement fait aussi à Lancy) parce qu'il n'en voit ni l'utilité, ni la légitimité. Tout ça accroît le déficit budgétaire ? Rien à foutre, répond le bon peuple. Qui sait qu'un budget n'est rien d'autre que des autorisations de dépenses et des hypothèses de recettes, et que quand les comptes seront rendus, quinze mois après que le budget ait été voté (s'il l'est), le déficit aura tellement fondu qu'il se sera transformé en boni. La dette ? bof, ça n'est un problème que quand on la rembourse. Finalement, il est bien meilleur économiste que les représen-tants de l'«économie», le bon peuple.
A Genève, l'initiative socialiste pour une contraception gratuite a été nettement acceptée, par 58 % des suffrages, dimanche dernier. Tout moyen de contraception, masculine ou féminine, deviendra gratui-tement accessible à toutes et tous, en principe d'ici 2028 (le Conseil d'Etat doit soumettre un projet au Grand Conseil). ça devrait coûter une vingtaine de millions de francs au budget du canton, mais ça lèvera l'obstacle financier que représentent certaines méthodes contraceptives -une charge qui repose très largement sur les femmes, puisque, hors vasectomie, c'est la contraception féminine qui est la plus coûteuse. Et ça exprimera aux autorités fédérales une volonté d'inclure le rembourse-ment de la contraception par l'assurance-maladie de base. Bon, l’initiative a été refusée dans une jolie collection de communes friquées de la rive-gauche (et à Céligny), et si elle a été acceptée c'est en l'absence d'un contre-projet puisque les députés qui en étaient partisans se sont gourés au moment du vote et ont voté contre en croyant voter contre l’initiative, mais bon, des fois, c'est vrai, quand on est minoritaires, pour gagner, on peut compter sur la bêtise de l'adversaire...
Comme annoncé par son éditeur, l'hebdo gratuit «Genève Home In-formation» (GHI pour les intimes) cessera de paraître à la fin de l'année. Mais un seul medium vous manque, le paysage médiatique ne sera pas forcément dépeuplé: l'éditeur du «Nouvelliste valaisan», d'«Arcinfo» à Neuchâtel et de «La Côte» du côté de Nyon (dans la banlieue genevoise, donc) a annoncé lancer un hebdo à Genève pour début 2027. Pas tout à fait gratuit (sauf une fois par mois), mais consacré à la vie du canton. Selon son éditeur, l'hebdo. rédigé par une équipe genevoise, sera «populaire, proche de ses lecteurs et de leurs préoccupations quotidiennes». Com-me GHI, donc. Mais aussi «humaniste, ouvert et attentif à la cohésion sociale». On ne connaît pas encore son nom, à l'hebdo. «Genève humaniste informations» (GHI pour les intimes), ça jouerait ?
Les Archives contestataires (créés en 2007) et leur aîné, le Collège du Travail (fondé en 1978 par Lucien Tronchet), deux associations gene-voises, ont déposé une pétition signée par 2000 personnes (dont nous, évidemment) au Grand Conseil, demandant que le canton leur ac-corde à chacune la même subvention annuelle que leur accorde la Ville (40'000 francs). Et regrettent que si elles bénéficient d'une «écoute plutôt active de la Ville», il leur «manque un contact avec le canton». Bon, évidemment, donner la Ville en exemple au canton, à Genève, c'est pas forcément ce qui va convaincre la droite, mais évidemment la démarche des deux associations mérite d'être soutenue, d'autant qu'un financement cantonal ouvri-rait la porte et la caisse à un fi-nancement fédéral, et permettrait de créer en Romandie un pôle plus accessible aux étudiants et aux chercheurs, comme il en existe en Alémanie, à Zurich, avec les Archives sociales suisses. Aujourd' hui, les deux associations, qui parta-gent les mêmes locaux à la Jonction, disposent de milliers de documents, organisent des séminaires, des expo-sitions, des ateliers, des débats, publient des ouvrages. Elles veulent que cela serve à un public plus large. Préserver la mémoire des luttes ouvrières et sociales en Romandie, «raconter l'histoire par le bas», à partir de la vie et des combats des «vrais gens», un beau projet, non ? Ne reste plus qu'à en convaincre quelques un.e.s de celles et ceux qui, au Grand Conseil, n'en ont rien à foutre. Et qu'on entend déjà couiner qu'il faut «faire des économies», pas dépenser des sous pour permettre à de vieux gauchistes de cultiver leur nostalgie en faisant sauvegarder leurs archives par des associations subventionnées.
Fin septembre, Genève décidait, en acceptant une initiative populaire socialiste, de rendre la contraception gratuite, puisqu'elle n'est pas rem-boursée par l'assurance-maladie de base. Et ça a inspiré des député.e.s vaudois.e.s, qui ont déposé au Grand Conseil une motion, ren-voyée en commission, pour que le canton de Vaud suive l'exemple de son voisin genevois. Comme quoi, faut jamais désespérer de rien. Mê-me pas que Genève puisse être un exemple. Ce que seule sa modestie proverbiale lui interdit d'ailleurs de revendiquer.


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