La Chine en saura plus que la Suisse sur les F-35 que la Suisse veut toujours acheter
Usage furtif d'un avion furtif
C'est un épisode plutôt marrant du feuilleton américain "les aventures du F-35" -dans lequel quelques figurants politiques et militaires suisses ont joué les utilités : des pièces détachées du mirifique (selon ses fabricants) avion de chasse, parties d'Australie vers les USA en mai dernier, avec escale prévue à Seoul, sont arrivées... en Chine (à Hong Kong), prises en mains par les autorités chinoises, pour être sans doute soigneusement étudiées. Les pièces déroutées provenaient d'un F-35 utilisé par les forces aériennes australiennes et étaient défectueuses (comment ça ? il y aurait des pièces défectueuses sur ce bijou hors de prix?), et avaient besoin d'être réparées aux USA (comment ça ? on achète des avions qu'on ne peut pas réparer chez soi ?). Les pièces comprendraient la verrière arrière d'un cockpit et une porte d'une soute à armement. La verrière est composée d'un revêtement qui absorbe les ondes radars et permet de rendre l'avion furtif, quasi indétectable par l'adversaire. Et ça peut, en effet, intéresser les Chinois, qui pourraient s'en inspirer pour rendre leurs propres avions indétectables par leurs adversaires. Et rendre détectables les F-35 de leurs adversairess. Et comme quasiment tout dans le F-35 est "sensible", tout ce que l'on peut en connaître précisément rend son prix littéralement exorbitant de sa valeur réelle de chasseur "le plus létal, le plus résistant et le plus connecté du monde", (Lockheed Martin, le fabricant, dixit). Du coup, on a une idée : les huit F-35 que la Suisse a déjà achetés, sur les trente qu’elle persiste à vouloir acheter, elle devrait elle-même les remettre pour examen à la Chine, puisque la Chine en saura plus sur le F-35 qu'une Suisse qui a été incapable de les évaluer correctement elle-même avant de claquer six milliards pour se les offrir, sans même savoir si elle saura en faire usage.
Les trois destins possibles de l’initiative "Non aux F-35"
La Suisse prévoit donc, à moins qu'on arrive à l'en empêcher (par exemple en faisant aboutir l'initiative qui, précisément, le demande : https://www.fichier-pdf.fr/2026/05/13/initiative-non-aux-f-35/), d'acquérir une trentaine de F-35 pour six milliards accordés par le peuple à l'achat d'un avion de combat, mais pas forcément pour celui-là. Et si l'avion est furtif, son prix l'est aussi... comme aucun tarif fixe ne figure dans le contrat d'achat, contrairement à ce que les partisans de ce machin n'ont cessé d'affirmer, le coût total de l'acquisition reste incertain. Ce qui ne l'est pas, en revanche, c'est que le coût de l'appareil, lui, ne cesse de grimper, et que son programme de production est le programme d'armement le plus cher de l'histoire des USA, avec 72 milliards par an pendant trente ans.
Pénuries de pièces détachées, insuffisance des stocks de moteurs, lourdeur des opérations d'entretien : Les F-35 de l'US Air Force n'ont été opérationnels que 28,5 % du temps possible en 2025 alors qu'ils auraient dû l'être pendant 65 % de ce temps. Et des appareils ont du être cannibalisés (on y a prélevé des pièces essentielles) pour permettre à d'autres de voler. Le F-35 est apparu insuffisamment motorisé, inadapté au combat rapproché, limité en autonomie de carburant (il faut le ravitailler en vol). En revanche, il est parfaitement configuré pour permettre aux USA d'en contrôler l'utilisation par ceux à qui ils les ont vendus : le centre étasunien d'Eglin contrôle tous les capteurs du F-35, qui peut être désactivé à distance depuis les Etats-Unis. On imagine ce que cela signifierait si ceux du Danemark, qui en a commandé, devaient être neutralisés face à ceux des Américains tentant d'imposer leur souveraineté au Groenland, ou ceux de pays d'Europe de l'Est confrontés à des forces russes à qui les USA ne voudraient pas qu'ils résistent...
L'un des grands arguments de vente du F-35 est sa furtivité. Mais s'il la perd, son prix devient exorbitant, hors de raison: Entre 80 à 130 millions, coût d'utilisation et d'entretien non compris : entre 9 et 12 millions de dollars par an pour leur mise en oeuvre, 40'000 dollars pour une heure de vol. Du coup, la Suisse, le Canada, l'Australie, le Danemark et l'Allemagne ont réduit leurs commandes, l'Espagne et le Portugal les ont même annulées. Ce que la Suisse pourrait également faire, mais que ses autorités se refusent à faire. Or une majorité de la population est opposée à cet achat, une majorité du parlement et sans doute du Conseil fédéral y est favorable. Dès lors, attendre du parlement et du gouvernement qu'il résilie les contrats, c'est perdre son temps : c'est à la population qu'il faut s'adresser, parce qu'il n'y a plus qu'elle qui peut décider de tirer la prise. Seul un appel au peuple permettra de constituer un rapport de force et de pression suffisant pour s'extirper du piège tendu par les porte-valises d'un avionneur étasunien. On se félicite de ce que le PS, les Verts, le GSsA affichent désormais leur volonté de "résilier les contrats" passés pour l'achat des F-35. C'est bien. Il ne leur reste plus qu'à faire le petit pas qui manque pour passer de la posture aux actes : soutenir notre initiative qui dispose précisément que "La Confédération n'achète pas d'avions de combat de type F-35".
Finalement, il y a trois destins possible pour l'initiative "Non aux F-35" :- soit elle aboutit avec le soutien du PS et des Verts, et ils auront fait leur boulot;
- soit elle aboutit sans leur soutien, et ils auront été inutiles;
- soit elle échoue faute de leur soutien, et ils auront été nuisibles.
C'est à cela que se résume aujourd'hui le choix que le PS et les Verts ont à faire, dans l'hypothèse optimiste où ils sont capables d'en faire un : faire leur boulot, être inutiles ou être nuisibles.



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