La guerre comme marché
Assouplissement des conditions d'exportation de matériel de guerre "suisse" : NON !
Le 29 novembre, on votera en Suisse sur un assouplissement de la loi sur le matériel de guerre, et donc un affaiblissement des règles régissant ces exportations afin de permettre à des armes suisses d'être exportées ou réexportées vers des pays où actuellement elles ne peuvent l'être -du moins légalement, parce que ces pays sont en guerre ou que leurs dirigeants et leurs forces armées (ou policières) commettent des violations graves et systématiques des droits humains. Cet assouplissement, et l'octroi du Conseil fédéral d'une plus grande marge de manœuvre pour autoriser des exportations de matériel militaire, est une vieille revendication du lobby de l'armement, au nom de la "compétitivité" de l'industrie militaire suisse -qui se porte pourtant assez bien : 490 millions d'exportation au premier semestre de cette année, soit 37 % de plus que lors de la même période de l'année précédente, 2,77 milliards en 2025 soit 43 % de plus qu'en 2024... cette industrie qui vit des guerres menées ailleurs (en Ukraine, par exemple) n'a nul besoin d'un assouplissement des règles d'exportation de ses produits, elle en a juste envie. Elle a envie d'exporter des armes dans des zones de guerre. Pour faire plus de profit, avec le moins possible de limites. La guerre, pour eux, n'est que cela : un marché. Juteux.
Qui peut croire qu'un marché est un espace où règne la vérité des mots ?
En cinq ans, la production d'armes lourdes s'est accrue de 10 %, et l'Europe (géographique) est la destination d'un tiers des exportations de ce matériel, avec une augmentation de 143 % des importations des 29 Etats européens membres de l'OTAN, et une domination écrasante du marché par les producteurs étasuniens, et une percée des israéliens. La France est deuxième du classement des principaux marchands d'armes et a accru ses ventes de 21 %. En décembre 2025, le chiffre d'affaires des cent plus grandes entreprise d'armement a atteint 679 milliards de dollars, et cinq des six principales de ces entreprises sont étasuniennes, avec en tête de liste Lockeed Martin, producteur des F-35 achetés par la Suisse dans des conditions qu'on commencent à peine à connaître, comme on peut connaître un contrat mafieux dont on ne connaît en réalité ni les termes, ni les conditions de la négociation.
C'est donc dans un marché en pleine expansion que la petite industrie "suisse" de l'armement veut se faire, et renforcer, sa petite place. Pourquoi des guillemets à "suisse" ? Parce que l'industrie "suisse" de l'armement, nous révélaient la Wochenzeitung et Le Courrier il y a une semaine, est bien une industrie de l'armement, mais n'a pas grand chose de suisse -ce qui ne l'empêche pas de demander à la Suisse de favoriser ses ventes : sur une cinquantaine de fabricants d'armes concernés par des ventes hors de Suisse, seuls deux, qui ne pèsent qu'un dixième des exportations, ont leur siège social en Suisse. Et le poids lourd du secteur, Rheinmetall, qui pèse dix milliards d'euros, est allemand : ... C'est pour ces entreprises étrangères que roulent les partisans de l'assouplissement des conditions d'exportation de matériel de guerre estampillé "suisse... et ce sont elles qui, déjà, sont les grandes bénéficiaires des autorisations d'exportation de matériel de guerre : les trois quarts de ces exportations (qui valent 2,7 milliards) ont été faites, sur cinquante entreprises concernées, par trois filiales de Rheinmetall. Et sur les onze entreprises qui ont effectué 98 % des exportations, il n'y en a que deux qui ont leur siège social en Suisse, toutes les autres sont des filiales suisses de groupes étrangers. Inutile d'attendre des défenseurs patentés de la priorité nationale qu'ils s'en inquiètent, leur silence est plus assourdissant que le passage d'un F-35. Et le prétexte donné par le lobby de l'armement pour justifier l'assouplissement des conditions des exportations de matériel de guerre suisse, renforcer la capacité de défense et la sécurité de la Suisse, est aussi foireux qu'une évaluation des qualités supposées dudit F-35 par les partisans de son achat.
Et c'est ainsi que la Suisse importe des armements américains en faisant croire qu'ils sont meilleurs que les autres et exporte des armements allemands en faisant croire qu'ils sont suisses, et qu'elle ne veut ni renoncer aux premiers, ni se contenter de ce qu'elle exporte des seconds. On est dans un marché, paraît-il -mais qui peut croire qu'un marché est un espace où règne la vérité des mots alors que ne s'y profèrent que ceux des camelots.



Commentaires
Enregistrer un commentaire