Retour aux centrales nucléaires en Suisse?

Un référendum contre une idiotie

La canicule est passée. Pas le réchauffement climatique, ni la part qu'y prennent nos activités. Mais ce n'est pas de cela que se préoccupent notre gouvernement fédéral, nos majorités parlementaires fédérales, notre ministre fédéral de l'énergie. Il se préoccupe de notre production d'énergie. Pas de notre consommation, de notre production., Parce qu'il n'est pas question de réduire notre consommation, seulement d'accroître notre production. Quelque jours avant que la centrale nucléaire de Beznau soit mise hors service parce qu'il devenait impossible de la refroidir à cause du réchauffement des eaux de l'Aar, est tombée d'en haut la proposition de construire de nouvelles centrales nucléaires, qu'on ne pourra pas mettre en service avant 2050 et qu'on mettra de plus en plus souvent hors service puisque les canicules seront de plus en plus fréquentes et de plus en plus virulentes. Un référendum a été lancé par la gauche et les organisations environnementales (mais aussi les Verts libéraux et les Femmes du Centre) contre cette idiotie dangereuse : Signez-le !

Un enjeu économique, financier et politique

Nos sénateurs ont, à défaut du sens de l'histoire, celui des éphémérides : c'est le jour anniversaire de la catastrophe de Fukushima qu'ils se sont prononcés pour une résurrection de la filière nucléaire en Suisse, dont le peuple avait décidé en 2017 de sortir. La veille, la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyden, déclarait que la réduction de la part du nucléaire dans la production énergétique en Europe avait été une "erreur stratégique". Quinze ans après la catastrophe japonaise qui avait convaincu le Conseil fédéral, puis le peuple, d'y renoncer, le parlement suisse est donc prêt à remettre le nucléaire en selle, et à construire de nouvelles centrales nucléaires -mais il y faudra au moins vingt ans, et des milliards qu'on ne pourra pas investir dans la production énergétique éolienne, solaire, hydraulique et géothermique. Et on ne parle même pas des économies d'énergie. Et si on parle d'énergie "propre" à propos de l'énergie nucléaire, c'est à contresens : Une énergie "propre", c'est une énergie dont le cycle complet de production, de l'extraction des matières premières à leur recyclage et au recyclage des équipements de production, ne porte pas atteinte à l'environnement. Or, une telle énergie "propre", il n'y en a aucune, sinon celle, s'il s'en peut concevoir, que l'on reçoit sans aucun intermédiaire et que l'on consomme en totalité sans rien en relâcher. Tel n'est pas le cas de l'énergie de source nucléaire : le combustible nucléaire n'est pas une source d'énergie renouvelable, il n'est pas extrait là où il est utilisé, il est dangereux, il produit des déchets dont on sait pas quoi faire, et il ne produit d'énergie que par des centrales massives, dont l'édification est elle-même un gouffre énergétique, et le fonctionnement un goinfre aquatique. Les seules centrales de Gösgen et Leibstadt pompent  dans l'Aar et le Rhin 140 millions de m3 d'eau (140 milliards de litres...) pour refroidir leurs réacteurs, et en rejettent, réchauffés, les trois quarts dans les deux mêmes cours d'eau. Beznau, à elle seule, prélève et rejette dans l'Aar 1,2 milliard de m3 (multipliez par mille pour obtenir la quantité en litres...).

Les partisans de nouvelles centrales nucléaires, et du prolongement de la durée de fonctionnement des anciennes, nous assurent qu'elles sont nécessaires... à la transition énergétique, en sécurisant l’approvisionnement électrique le temps nécessaire pour que les énergies renouvelables prennent le relais. De réduire la consommation d'électricité, évidemment, il ne saurait être question. Or depuis le 27 avril, la Suisse vit à crédit énergétique : la production nationale ne couvrant qu'un tiers des besoins nationaux (ce qui est déjà mieux que le cinquième dont elle se contentait il y a vingt ans) , les deux-tiers restant doivent être couverts par des importations de produits pétroliers, gaziers, nucléaires, et elle y consacre sept milliards de francs par année. Réduire la part des énergies fossiles au profit des énergies renouvelables n'est donc pas seulement un enjeu environnemental et climatique, mais aussi un enjeu économique et financier. Et un enjeu politique : la Suisse continue à importer des ressources énergétiques (gaz naturel ou uranium) de Russie. Et de l'uranium du Kazakhstan. Et du discours pro-nucléaire de France. 

Il faut vingt ans et des dizaines de milliards de francs  pour mettre en service une centrale nucléaire. Et des dizaines de milliers d'années pour que les déchets radioactifs cessent d'être dangereux. Il faut tout de même moins de temps pour assainir les bâtiments, développer le solaire et l'éolien, rendre les réseaux électriques plus efficaces. Et seulement quelques mois pour faire aboutir un référendum contre le retour du nucléaire. 

"Ne permettons pas qu'on nous enlève la part de nature que nous renfermons. N'en perdons pas une étamine, n'en cédons pas un gravier d'eau"
(René Char)

Commentaires